dimanche, août 03, 2008

L'économie participative: Une stratégie réformiste?

Une critique paru sur Anarkismo, par Wayne Price (un membre de la NEFAC de New York), a produit quelques remous sur différents sites et forums communistes libertaires et/ou luttes de classistes.

Wayne y critique le parecon(participatory economy ou écopar; économie participative) et plus principalement sa stratégie réformiste et non révolutionnaire d'être mise en application.

En résumé l'écopar est:
(...)un modèle économique d’inspiration libertaire dont Michael Albert, militant américain bien connu[, et Robin Hahnel, professeur d’économie à l’Université de Washington, sont les créateurs et il suscite, depuis quelques années, un intérêt croissant.(...) Si on veut décrire très sommairement cette économie, on pourra dire qu’elle veut distribuer de manière équitable les obligations et les bénéfices du travail social; assurer l’implication des membres dans les prises de décision à proportion des effets que ces décisions ont sur eux; développer le potentiel humain pour la créativité, la coopération et l’empathie; enfin, utiliser de manière efficace les ressources humaines et naturelles.(...)(en source et autre source)

Une des principales critiques que Wayne y fait, est principalement sur l'oubli, pour la classe ouvrière, de moyens de se protéger de la contre-révolution, de la répression et des mouvements réactionnaires. À la lecture de l'histoire des différentes révolutions, quelles soient russes, espagnoles, allemande de l'après première guerre, cet "oubli" démontre un ignorance volontaire d'une quasi-constante historique, c'est à dire l'importance de préserver les acquis de la révolution par tous les moyens nécessaires, que ce soit contre les éléments réactionnaires de tout acabit, la gauche réformiste, ou l'extrême gauche autoritariste (par exemple les bolchéviks).

L'article est par contre en anglais, mais la discussion et les commentaires qui suivent l'article valent aussi la peine d'être lu.

At the 2008 New York City Annual Anarchist Bookfair, I was on a panel with a spokesperson for “Parecon” (“participatory economics”; Albert, 2003). Discussing the work of Michael Albert, co-inventer of the Parecon program, I stated that his strategy for getting from capitalism to Parecon was reformist, or at least non-revolutionary. This was vigorously denied by the Parecon spokesperson. This is the topic I want to cover here. I am not discussing Parecon itself, which is a vision of a post-capitalist economy managed neither by the market nor by central planning. Instead there would be planning from below by repeated negotiations among workers’ and consumers’ councils. Without going into it, I believe that this idea has enriched the discussion of how a libertarian socialism might work. My question is how to achieve this new society.

I have previously discussed the reformist strategy of Robin Hahnel (2005), the other co-founder of Parecon (Price, 2005). But Albert states (2006) that the two of them have become estranged (as if Marx and Engels were to split up!). We cannot assume that what Hahnel says is what Albert believes.

Albert has not written much about tactics and strategy for reaching Parecon, as compared to his writing on how a pareconist society might work. One work which did focus on strategy was a little book, The Trajectory of Change: Activist Strategies for Social Transformation (2002). His approach for a movement is stated summarily:

“Short term, we raise social costs until elites agree to implement our demands or end policies we oppose. Longer term, we accumulate support and develop movement infrastructure and alternative institutions, while working toward transforming society’s defining relations.” (2002; p. x)

That is, we cannot force the state to end a particular war or to grant universal health care, but it may do it if the rulers fear that there will be a spread of radicalization among the people; if there is increased militancy among workers, youth, soldiers, and People of Color; if society becomes increasingly polarized and ungovernable. This is precisely what happened in the 60s and which led to the end of legal racial segregation and of the Vietnam war.

So far, so good. A revolutionary anarchist would completely agree with this orientation. As opposed to the liberal strategy of permeating the centers of power and making changes from above, it proposes to pressure the state and capitalists from outside and below. It demonstrates why a revolutionary perspective is relevant even in non-revolutionary periods (which are most of the time): the more militant and disrespectful a movement is (that is, the more revolutionary it is), the more likely it is even to win reforms.
suite de l'article...

Aussi, pour ceux et celles qui voudraient en apprendre un peu plus, voici un petit vidéo qui explique les grandes lignes de l'écopar...



Ainsi qu'une conférence au salon du livre de New York, où Wayne Price y a débattu de l'écopar...

2 commentaires:

sipn a dit…

APRES LE CAPITALISME : LE CAPITALISME !

jeudi 2 février 2006

Réflexions anarchistes sur le livre de Michael Albert « Après le capitalisme, éléments d’une économie participaliste ». Editions Agone, 2003.


Bien que des anarchistes de salon aient réservé un accueil enthousiaste à l’ouvrage de Michael Albert, intellectuel présenté comme un militant libertaire par les éditions Agone, nous ne pouvons laisser partir à vau-l’eau l’Utopie anarchiste telle que décrite par Joseph Déjacques « ce rêve non encore réalisé mais non pas irréalisable » [1]. Le livre de M. Albert, au titre certes alléchant, laisse présumer une volonté d’en finir avec le capitalisme. Nonobstant, ce que nous y avons trouvé, son modèle d’économie participaliste, pose question. Voici donc nos remarques et nos critiques au prisme de notre propre conception de l’anarchisme. Le principal intérêt du livre réside dans la mise en exergue de questions qui nous sont habituellement posées ou que nous nous posons lors de nos actions et de nos rencontres. Les mots usités par M. Albert tels qu’« équité, dignité, autogestion » ou la définition qu’il donne d’une société après un changement ne sont pas sans nous interpeller. Pour autant, Albert ne nous apprend rien de nouveau quant aux fonctionnements d’une société libertaire. A l’inverse, en ne s’attaquant plus à l’Etat mais aux crimes de l’Etat, il participe à l’élaboration du confusionnisme qui règne dans le milieu libertaire depuis que les principes en sont galvaudés par quelques « dissidents petits-bourgeois revenus de tout sauf d’eux-mêmes » [2], et contribue, de fait, à saper l’idée de révolution sociale.

Prenons un exemple. Lorsque l’auteur pose, à propos de l’autogestion, le problème des capacités de chacun à décider, à participer en assemblée aux débats et décisions, il ne suggère qu’une modification des tâches dans les métiers et ne questionne aucunement les rapports de domination, cette particularité toute capitaliste qui hiérarchise les hommes et favorise la prise de pouvoir. Il reste enfermé dans une vision économique et ne remet pas en cause les principes même du capitalisme : l’accumulation du capital, tant économique que symbolique, par une minorité dominante et exploitante contre les intérêts d’une majorité asservie. Dit autrement, Albert propose un système économique où l’exploitation de l’homme et de la nature perdure.

Le point de vue développé par M. Albert est finalement progressiste. Il ne pense pas le changement en terme de rupture radicale et d’émancipation et n’est pour cette raison aucunement révolutionnaire. Son pragmatisme le fait demeurer dans un système de revendications immédiates, qu’il croit plus acceptables, notamment par cette gauche devenue citoyenne depuis 1998. Ce qui l’amène à présenter des solutions économiques qui maintiennent une relation de pouvoir et donc de domination (salariat, rétribution, hiérarchie…).

Ainsi pense-t-il le système économique futur : « le dénominateur commun de l’économie participaliste, c’est l’acceptation du principe de la rémunération en fonction de l’effort et du sacrifice ». Autant dire qu’on n’est pas très loin de la rémunération sous forme « de prime au mérite » ! En tant que communistes anarchistes nous savons qu’une société libertaire ne peut s’organiser que par la définition des besoins de chacun et chacune et non pas par la participation à la production, surtout au nom de l’équité et de l’autogestion. Ce sont les besoins des individus, déterminés par eux-mêmes, qui doivent définir la production et le mode de vie. Et nous osons encore croire que des individus libres dans leur choix de vie, élimineront la majeure partie de la production -fabrication d’objets superflus- que nous impose le système actuel.

Albert, en maintenant le principe du salariat qui est, rappelons-le, la mesure de l’être humain à l’aune de la place qu’il occupe dans le système de production, tente de maquiller sa proposition en évoquant une rémunération basée sur la nature du travail effectué (selon sa pénibilité) et non pas sur le temps passé. D’évidence, il pense rompre ainsi avec les collectivistes qui proposent une rétribution basée sur le temps de travail accompli. Il va même jusqu’à préconiser un revenu moyen pour les enfants et les personnes handicapées qui, bien entendu, ne peuvent participer à la production. Les considère-t-il comme inutiles ?

L’emploi des mots « sacrifice » et « effort » n’est pas anodin. Contrairement aux anarchistes qui, confiant dans la sociabilité des hommes, affirment que c’est par la liberté et par l’exemple que les individus participent à la vie de la société, Albert réintroduit la notion de récompense, moyen efficace dans la logique capitaliste mais ô combien contraignant et dégradant pour amener au travail les individus. Quelle société espérer si elle offre pour fondement le sacrifice et comme satisfaction sociale, l’effort ? Subsiste, dans ce cas, un rapport de domination et il y a fort à parier que les nouveaux maîtres seront ceux qui jugeront du niveau de sacrifice nécessaire.

Nous sommes d’accord avec Albert lorsqu’il base le système du travail sur une répartition des tâches avec une éducation qui permette le choix d’une activité et favorise l’autonomie de l’individu ainsi que sa participation aux décisions. Mais nous ne partageons plus le point de vue de l’auteur lorsqu’il réintroduit l’idée de hiérarchie en considérant que les supérieurs hiérarchiques se doivent de mettre « la main à la pâte » en laissant aux travailleurs un peu de formation et de temps libre (sic). Le rappel timide de la possibilité de créer des conseils ouvriers ne suffit pas à balayer la confusion. Et bien que Albert constate à juste titre que les 4/5 des travailleurs ont des revenus modestes et que le fruit de leur travail est accaparé par le 1/5 restant, il revendique, par ailleurs, « le plein emploi » et « un salaire minimum » pour les travailleurs les moins bien nantis. Le propos fait sourire mais révèle surtout l’incohérence d’une réflexion qui tente d’adapter des idées révolutionnaires à une stratégie réformiste. Nous sommes là dans des revendications que ne désavoueraient ni la CFDT, ni FO ou les militants du PS. Anarchistes, nous sommes convaincus de la nécessité de détruire toute forme d’Etat et d’en empêcher ensuite la recréation. Chaque Etat représente une forme de pouvoir, non seulement politique mais aussi social et économique. Son rôle est de maintenir, grâce à une violence affublée d’oripeaux, la « paix sociale » et l’assujettissement des peuples. L’Etat, afin d’exister, doit s’étendre et pour cela organise la guerre contre les autres Etats (Allemagne contre France, Europe contre EU…). Tout en maintenant l’illusion démocratique, l’Etat conforte l’exploitation économique, propose et vote les lois, crée et utilise les forces de l’ordre. M. Albert ne le remet pas radicalement en cause. Il ne fait que préconiser une organisation politique plus « conforme à [ses] vœux ». L’auteur n’envisage pas d’organisation fédéraliste de la société qui permet l’union solidaire des communes sociales issues elles-mêmes des libres groupements des personnes. Avec le fédéralisme, ni l’Etat, ni ses représentants et ses bureaucrates ne sont utiles. Des formes d’organisations sociales sont créées par les individus qui les composent.

Dans la dernière partie du livre, nous est offert un véritable programme d’« économie participaliste » sans que l’auteur ait, au bout du compte, défini clairement en quoi celle-ci consiste. Ce programme résume à lui seul l’ensemble des propos réformistes rencontrés tout au long du livre, nous ne résistons pas au plaisir d’en citer quelques exemples :
réduction de 25% du temps de travail,
rémunération équitable, impôt sur les bénéfices…,
démocratisation de l’accès aux connaissances nécessaires,
régulation sociale des prix…,
abolition de la Banque Mondiale, du FMI et de l’OMC afin de les remplacer par des agences subordonnées aux décisions des populations locales et ayant pour objectifs de réguler le commerce et les échanges internationaux à l’avantage des participants les plus défavorisés,
Formation des chômeurs…

Ni Attac, ni les socialistes « radicaux », ni même une certaine droite catholique ne renieraient ce programme en rien libertaire ou révolutionnaire.

Parlant d’économie, de travail et de productivité tout au long de son livre, Albert pense en capitaliste et se garde bien de traiter de la possibilité que nous aurions de rompre radicalement avec l’exploitation, notamment en éliminant nombre de métiers et de tâches devenus non-nécessaires par la définition commune de nos besoins. L’habillage d’une réflexion réformiste par des mots plus radicaux (autogestion, répartition égalité, éthique, liberté…) ne garantit pas à leur auteur une adhésion plus importante à un changement de société. Il ne garantit que le renforcement de l’oppression et la confusion idéologique. Penser en terme de productivité, d’activité productive revient à penser avec le capitalisme. Penser en terme de liberté, de libre association, revient à se placer en dehors et en rupture.

Nous savons ce que nous ne voulons plus vivre et par conséquent ce que nous souhaitons vivre. Nous savons aussi ce que nous voulons détruire et construire. Ce qui signifie que nous ne nous contenterons pas d’une vie un peu moins dure, un peu moins violente. Nous voulons une vie libre, une vie qui tend toujours plus vers l’anarchisme et le communisme.

Olivier et Valérie


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[1] Ngo Van, Utopie Antique et guerre des paysans en Chine, Le chat qui pêche, 2004.

[2] Louis Janover, Voyage en feinte dissidence, Paris Méditerranée, col. Les pieds dans le plat, 1999.

sipn a dit…

La source : http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1193