dimanche, juin 02, 2013

Docu | La rébellion de Cherán – Les nouveaux Zapatistes ? ( VICE sous-titré en français)

Le Mexique est le deuxième pays du continent américain où il y a le plus d'atteintes aux droits humains (la Colombie est le premier). Au pays de l'homme le plus riche du monde (Carlos Slim) l'alliance entre le gouvernement et la mafia y est parfois explicite et les milices patronales et gouvernementales agissent fréquemment violemment en peine impunité contre la population.

Que ça soit au niveau politique ou syndical, les assassinats et les massacres n'y sont pas rares, et ce depuis très longtemps. Pensons par exemple au massacre de Tlatelolco où jusqu'à 300 étudiants furent tués seulement dix jours avant les Jeux Olympiques de Mexico 1968.



Ce pays d'Amérique du Nord a aussi une profonde histoire révolutionnaire. Pensons à la révolution de 1910 par exemple avec ses figures de proue que furent les insurgés Emiliano Zapata et Pancho Villa ainsi que l'anarchiste Rocardo Flores-Magon qui popularisa l'appel "Terre et Liberté!" repris par Zapata. À cette époque, les communes anarcho-syndicalistes de Basse-Californie ont, soit dit au passage, marqué l'anarchisme par leur expérience concrète de société libertaire, bien qu'on en sache trop peu. Cet héritage historique ne s'est pas arrêté aux livres d'histoire. Comme le scandent les classes populaires dans les manifestations: Zapata vive, La lucha sigue! ( Zapata est vivant, la lutte continue!) Le livre "Le Mexique en arme" de LUX Éditeur démontre bien cette continuité pour la période de 1943 à 1981. Pour sa part ce documentaire d'une heure retrace rapidement les moments et personnages importants des guérillas révolutionnaires de l'ensemble du 20e siècle de l'Amérique Latine ( Mexique 1994 vers 40min ).

Il n'est donc pas incongru de voir aujourd'hui naître, ici et là, des insurrections populaires comme celle dans l'État de Oaxaca en 2006 et celle de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) dans l'état du Chiapas en 1994. Bien sûr, on ne saurait recenser toutes les émeutes et les confrontations qui ont aussi été moins publicisées dans les médias de masse. C'est le cas par exemple des émeutes de San Salvador Atenco présentées dans le documentaire Breaking the Siege, Romper el Cerco où la population s'est confronté à l'État qui voulait exproprier des terres agricoles afin de construire un aéroport.

Si le EZLN n'est pas la seule organisation populaire à prendre les armes, elle reste la plus connue des guérilla populaire ayant le contrôle militaire et politique sur des territoires tout en étant un exemple de société proche des idéaux communistes-libertaires de démocratie directe d'assemblée.

Tout ça pour en venir à l'histoire du peuple de la ville de Cheran, que ce reportage de VICE (site web de journalisme indépendant) présente comme les "nouveaux zapatistes". Sans partager de filiation claire avec les Zapatistes, on comprendra dans le documentaire que c'est leur expérience de prise de contrôle du territoire contre la mafia et le gouvernement qui leur vaut ce surnom.

Face à une alliance tacite entre les autorités municipales et la mafia des bucherons, la population se révolta, abolit les partis politiques, organisa sa propre autorité policière communautaire pour lutter contre les bucherons braconniers et mis en place ses douanes/baricades interdisant l'arrivée de drogue, d'alcool, etc... Souhaitons longue vie à la commune de Cheran!


[VICE]En septembre dernier, alors que l'élection présidentielle battait son plein au Mexique, nous sommes allés à Cherán, une ville indigène rebelle du sud-ouest du Michoacan, pour fêter le premier anniversaire de leur soulèvement contre le crime organisé qui pillait leurs forêts. 

Pendant de nombreuses années, ces forêts ont été victimes de déforestation illégale par des bûcherons protégés par le cartel La Familia. Les habitants ont demandé de l'aide au Gouvernement qui les a royalement snobés. Le 15 avril 2011, les habitants de Cherán ont pris le taureau par les cornes, et armés de bâtons, de pierres et de machettes, ils ont occupé les bâtiments officiels et les commissariats pour ensuite monter des barricades et des feux de camp autour de la ville. 

En respectant diverses lois nationales et internationales, ils ont obtenu l'autonomie et reçu le droit de former leur propre gouvernement. 

L'ancien maire et son cabinet se sont vus expulser de la ville. Cherán est maintenant gouverné par un conseil de 12 anciens et protégé par une milice de volontaires équipée d'armes et de véhicules récupérés pendant le soulèvement. Aujourd'hui, un an après, les barricades sont maintenues dans les quatre entrées de la ville. 

Les citoyens ont banni toute forme de propagande politique et ont refusé de participer aux élections présidentielles qui se sont déroulées en juillet dernier. Comme nous l'a rappelé un des membres du Conseil communautaire : "S'il restait un minimum de dignité au gouvernement, ils n'oseraient pas parler d'élections quand ils sont incapables d'assurer la sécurité de leurs citoyens. C'est pour cela que nous avons banni la politique à Cherán."